Visa Pour Une Autre Terre (3) – Ils Sont Parmi Nous…

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Visa Pour Une Autre Terre (3) – Ils Sont Parmi Nous…

CHAPITRE III, Ils sont parmi nous D’après Gustav Meyrinck, il existe une série indéfinie et peut-être infinie d’états de conscience supérieurs à l’éveil. Une personne éveillée peut s’éveiller encore plus et passer dans un état de conscience supérieure. Meyrinck écrit : Le premier échelon déjà se nomme génie Les autres sont inconnus de la foule et tenus pour des mirages. Troie aussi était tenue pour un mirage, jusqu’à ce qu’un homme ait trouvé le courage de fouiller lui-même Ce sont quelques exemples de ces légendes dont je voudrais parler dans le présent chapitre. Certaines de ces légendes appartiennent au passé, d’autres au présent. Chose curieuse, même dans le présent, les témoignages sont tellement contradictoires que des événements qui nous sont contemporains deviennent très vite des légendes. Le premier exemple que j’ai choisi est celui d’Apollonius de Tyane, personnage mystérieux et important, tellement important que Voltaire le plaçait en importance historique au-dessus du Christ Apollonius de Tyane présente un autre avantage pour le chercheur de merveilleux, c’est qu’il existe une très bonne biographie par G. R. S. Mead. Un bon biographe doit avoir certaines ressemblances avec son héros George Rogert Stow Mead, né en 1863, mort en 1933, était le biographe idéal pour Apollonius de Tyane. Dernier en date des secrétaires privés de Mme Blavatsky, il l’a aidée dans les trois dernières années de sa vie Il fut rédacteur en chef du journal de la société de théosophie jusqu’en 1909 Il publia seize volumes, dont une traduction absolument essentielle pour tout chercheur des Upanishads Il publia un journal tout à fait remarquable, The Quest Review, dont on peut dire qu’il fut l’analogue anglais de La Tour Saint-Jacques C’est l’homme qu’il fallait pour une biographie de faiseur de miracles Car Apollonius, s’il a réellement existé (ce n’est pas le cas absolument certain pour d’autres personnages dont nous allons parler), a laissé l’impression d’avoir été un personnage surhumain tout à fait au-dessus de l’humanité ordinaire Il naît en l’an 17 de l’ère chrétienne En l’an 66, il est expulsé de Rome. Il voyage aux Indes, puis revient en Grèce. Il manifeste alors des pouvoirs super-normaux, notamment en 96 de l’ère chrétienne, lorsqu’il voit à distance l’assassinat de l’empereur Domitien. Il disparaît finalement sans qu’on puisse trouver des témoins de sa mort ou sa tombe Il a alors entre quatre-vingts et cent ans Il paraît avoir voyagé plus loin que l’Inde, dans un de ces pays non situables sur la carte, dont nous avons parlé au chapitre précédent On rapporte ainsi ses paroles après ces voyages : « J’ai vu des hommes habitant la Terre et cependant n’étant pas de la Terre, défendus de tous côtés et cependant sans aucune défense, et cependant ne possédant rien que ce que nous possédons tous. » La ville qu’il a visitée s’appelait Iarchas, un nom qui n’est visiblement pas indien On n’en trouve aucune trace ailleurs. Les descriptions qu’il en donne ressemblent plutôt à la science qu’au mysticisme. Il aurait vu en particulier un modèle du système solaire, construit par des êtres supérieurs à l’humanité, et se déplaçant sans aucune espèce de support sous le dôme, construit en saphir, d’un temple Il aurait vu également quatre « roues vivantes », dispositif venant d’ailleurs et transportant des messages des dieux. Ces dieux auraient été des êtres non humains, super- intelligents et qui se seraient retirés de la Terre après avoir mis en route la civilisation humaine. En bref, des extra-terrestres À son retour en Grèce, Apollonius paraît s’être intéressé particulièrement aux reliques des civilisations avancées qu’on y trouvait encore à son époque Il visita aussi la Crète, puis la Sicile Après quoi, il semble avoir passé le reste de sa vie en Égypte et peut-être plus loin que l’Égypte, dans un pays que ses biographes ont appelé l’Éthiopie, mais qui n’a rien à voir avec l’Éthiopie actuelle. Selon lui, ce pays aurait été habité par des Hindous bouddhistes. On n’a pas trouvé d’autres traces de cette colonisation indienne aux sources du Nil Durant toute sa vie, il fut faiseur de miracles et manifesta ce que nous appelons des pouvoirs parapsychiques : lévitation, lecture de pensée, clairvoyance, vision de l’avenir Il a également guéri des malades et des fous. Il a par exemple décrit à Alexandrie l’incendie d’un temple de Rome, ce qui fut confirmé quand les nouvelles sont venues On lui attribue le pouvoir de tirer le feu de l’éther. Il s’agit visiblement d’un phénomène analogue au « feu secret » des alchimistes et à ce que les Juifs appelaient la « Gloire du Seigneur » (voir chapitre précédent). On sait encore peu de choses là-dessus. En termes modernes, il a l’air de s’agir d’un phénomène intermédiaire entre l’énergie chimique et l’énergie nucléaire. L’hypothèse est nécessairement vague, faute de preuves. Il refusa de monter à bord d’un navire dont il déclara qu’il sombrerait, ce qui se produisit. Accusé de sorcellerie, il devint invisible devant le tribunal puis quitta le Palais de Justice Il considérait lui-même tous ces phénomènes comme tout à fait secondaires et tout à

fait naturels. Il expliquait d’autre part que les volcans et les marées sont des phénomènes parfaitement naturels et que l’homme expliquerait Il passait la plus grande partie de son temps à enseigner et à répondre à des questions Physiquement, il aurait ressemblé à un Indien plutôt qu’à un Grec. Il existe deux portraits de lui, et un buste. Il existe également des médailles. Toutes ces représentations le montrent avec une longue barbe et de longs cheveux Ses disciples avaient aussi l’air « hippy », pour employer un terme moderne On ne sait pas trop de quoi il vivait, car il refusait les présents. Il faisait constamment allusion à « la connaissance provenant des Dieux », et à « l’énergie démoniaque ». Mais pour lui les Dieux et les Démons étaient des êtres parfaitement réels, quoique non humains Les hommes possédaient selon lui tous les pouvoirs des Dieux et des Démons, mais généralement ne savaient pas s’en servir Il a écrit beaucoup de lettres, le plus souvent chiffrées et dont quelques-unes restent Quatre-vingt-quinze d’entre elles sont citées dans la plupart des éditions d’Apollonius. L’une est particulièrement intéressante ; c’est la lettre 17 dont voici un extrait : « Les Perses appellent ceux qui ont la faculté divine les Magiciens Un Magicien, par conséquent, est celui qui est un représentant des Dieux ou qui a en lui-même la faculté divine. » Il a également écrit des livres, mais qui ne nous sont parvenus qu’à l’état de fragments. Parmi ces écrits, il y avait : Le Livre des Sacrifices, qui conseillait de n’offrir aux Dieux aucun sacrifice, le seul sacrifice digne des Dieux étant l’usage de la raison (on comprend qu’Apollonius ait plu à Voltaire) ; Le Livre de la Divination, en quatre volumes, basé sur ce qu’Apollonius avait appris aux Indes. Les contemporains d’Apollonius ont écrit qu’il n’avait rien à voir avec l’astrologie Malheureusement, aucun des quatre volumes ne nous est parvenu. On cite aussi une vie de Pythagore, un testament philosophique et un hymne à la mémoire Il faut reconnaître que tout cela ne justifie guère la réputation fantastique du personnage S’il a survécu, c’est parce qu’il fut constamment faiseur de miracles C’est en tant que faiseur de miracles que son seul biographe qui soit parvenu jusqu’à nous, Flavius Philostratus (175 à 245 de l’ère chrétienne), nous le présente Cette biographie a été très critiquée et l’auteur fut considéré plutôt comme un romancier qu’un biographe au sens commun. Malheureusement, nous ne possédons pas une meilleure biographie Un disciple d’Apollonius, Damis, a pris des notes sur un carnet qui n’a pas survécu Peut- être le retrouvera-t-on un jour, comme on a retrouvé les manuscrits de la mer Morte G. R. S. Mead l’espère. Philostratus, presque deux siècles après les événements, reconstitue ce que Damis avait dit de la troisième ou quatrième main On accuse Philostratus d’avoir rajouté des miracles à volonté. Il n’est pas évident qu’il n’en ait pas retranché, au contraire. Ce qui paraît établi, comme l’écrit très justement Mead, c’est qu’Apollonius est allé aux Indes avec un but bien défini, et qu’il en est revenu avec une mission Aux Indes ou au-delà des Indes ? On ne peut pas répondre à cette question dans l’état actuel de nos connaissances. Philostratus ignorait tout de la géographie des Indes et dit de temps en temps qu’Apollonius est allé au-delà des Indes, « au bout du monde» Figure de rhétorique ? On ne le sait pas Ce qu’il dit, c’est que le centre de connaissances, la centrale d’énergie qu’Apollonius visita aux Indes était unique au monde à son époque Apollonius lui-même a écrit : « Je me souviens toujours de mes Maîtres et je voyage à travers le monde en enseignant ce que j’ai appris.» Le point essentiel de cet enseignement est qu’il ne faut pas avoir peur de la mort : elle n’en vaut pas la peine L’enseignement d’Apollonius insiste aussi sur le fait qu’il faut être sain d’esprit et la santé du corps viendra alors naturellement. C’est ce qu’a retrouvé la médecine moderne psychosomatique Comme tous les personnages hors-série, Apollonius pose des problèmes difficiles à résoudre. Peut-on situer le centre qu’il a visité ? Comment les Supérieurs inconnus de ce centre ont-ils su l’existence en Grèce d’un jeune homme exceptionnel ? Comment l’ont-ils convoqué ? Quelle était la mission dont il était chargé en Europe ? Autant de problèmes Par un paradoxe curieux, si Apollonius, contemporain du Christ, peut être traité comme un personnage historique, Armand Robin, notre contemporain, mort en 1961, doit être traité comme personnage de légende Il semblerait facile de faire une enquête sur un contemporain qui a vécu et qui est mort en France de nos jours. Et pourtant les informations que j’obtiens sur Armand Robin sont tellement contradictoires, même sur son aspect physique, sans parler de sa mentalité, que je me vois obligé de présenter l’histoire d’Armand Robin comme une légende contemporaine Peut-être la parution de ce livre va-t-elle faire surgir des témoignages qui permettront d’y voir un peu plus clair En attendant, voici l’histoire d’Armand Robin telle qu’elle me fut racontée : Dans les années 50, un jeune Breton vient à Paris. Il révèle un don des langues prodigieux, invraisemblable. Il en apprend vingt-six,

et d’une façon tellement parfaite qu’il est considéré comme le plus grand poète bulgare et le plus grand poète swahili du XXe siècle. Il compose lui-même de très beaux poèmes en français Ces poèmes parurent chez Gallimard ; ils sont bizarrement devenus introuvables et les manuscrits ont disparu. Robin manifeste aussi des dons parapsychologiques considérables : télépathie, clairvoyance, prédiction de l’avenir. Et, le jour du sommet manqué à Paris en 1961 (on se souvient que Khrouchtchev y révéla l’histoire de l’avion américain U2 puis rompit les négociations), dans un Paris plein de police, des agents se précipitent sur Robin et le frappent à mort, et eux-mêmes ne savent pas pourquoi On le transporte dans un commissariat de police, où personne ne s’aperçoit qu’il agonise sur la banquette de la salle d’entrée. Il meurt Un projet de film sur lui révèle que même les descriptions physiques qu’on en donne ne correspondent pas à une seule personne. Les idées politiques qu’on lui attribue varient de l’extrême droite à l’extrême gauche Quant aux remarques qu’on lui attribue, elles sont très curieuses par leur côté «étranger». On dirait le personnage de Lovecraft qui disait : « Je ne suis pas d’ici.» Voilà la légende. J’ai cherché à l’étayer par des témoignages, mais ils sont contradictoires Quelqu’un « d’autre» vivait parmi nous C’est tout ce qu’on peut dire pour le moment. Il paraît qu’il y a une société des amis d’Armand Robin. Il y a eu également sur lui une page du Monde qui ne parle pas de sa poésie. On trouvera dans l’édition du Livre de Poche du beau roman de Raymond Abellio, Les Yeux d’Ezéchiel sont ouverts, quelques traductions par Robin de poèmes de langues diverses Le jour où le C. N. R. S. se décidera à subventionner des thèses de doctorat sur des sujets intéressants au lieu de se borner sur l’influence de l’imparfait du subjonctif, sur la reproduction des mousses et des fougères, il sera intéressant d’investir un peu d’argent et de temps dans une investigation détaillée d’Armand Robin Comme point de départ, je suggérerais l’idée que comme le comte de Saint-Germain, Robin était une fonction et non pas un personnage C’est-à-dire, en clair, qu’on est Armand Robin ou le comte de Saint-Germain comme on était général des Jésuites, autrement dit, ce terme désigne une fonction dans un groupement secret ; s’il y avait à la même période de l’Histoire plusieurs hommes désignés pour cette fonction, on comprendrait que les descriptions ne concordent pas. C’est en tout cas un sujet d’étude bien intéressant Un personnage d’ailleurs qui a bien existé mais qui a gardé son secret était l’Américain Charles Mallory Hatfield (1880-1958). (Pour la petite histoire, c’est l’authentique héros du roman de Saul Bellow, Hender-son le faiseur de pluie.) Hatfield avait une affinité avec l’atmosphère et il fut peut-être le seul humain de son espèce Il pouvait faire pleuvoir à volonté, simplement en produisant des fumées à partir de réactions chimiques qu’il a gardées pour lui. Bien entendu, la science officielle affirme que ce n’est que par les méthodes officielles et patentées, consistant à pulvériser des cristaux à partir d’un avion, qu’on peut faire pleuvoir Les statisticiens affirment par contre que cette méthode donne des résultats purement au hasard. Les querelles entre savants sont très dures à ce sujet. Hatfield, lui, réussissait à tous coups, et son histoire mérite d’être reprise dans les détails En 1902, il est représentant voyageur de commerce en machines à coudre. Il n’a jamais fait d’études, mais il lit beaucoup. Très calme et très modeste, il prétendra toujours utiliser des phénomènes naturels qu’il comprend lui-même très mal Il fait son premier travail de faiseur de pluie commercial en 1903, près de Los Angeles Il aura rempli en vingt-cinq ans cinq cents contrats à des prix allant de cinquante à dix mille dollars, le prix étant déterminé par ce que le client peut payer sans que ça le lèse (singulière méthode commerciale). Il n’échouera jamais. La municipalité de Los Angeles lui demande de remplir le bac de retenue. Pour quatre mille dollars, il obtient vingt-cinq centimètres de pluie au pluviomètre et l’eau dans le bac de retenue monte de six mètres En le payant, la municipalité fait ce commentaire : « C’est pour rien.» La rumeur des pouvoirs de Hatfield se propage dans le monde entier. En Alaska, les torrents sont à sec en 1906. Les mineurs ne peuvent plus utiliser le procédé classique de lavage pour l’extraction de l’or, qui exige de l’eau. Ils se cotisent et offrent à Hatfield dix mille dollars d’or Trente-six heures après que Hatfield se soit mis en action, la pluie qui les sauvera tombera En 1922, l’Italie est en détresse. Tout le mezzogiomo est desséché. Hatfield arrive au secours. La pluie tombe, les champs sont sauvés Tous les bacs de retenue sont remplis. La gloire de Hatfield devient mondiale Dans le désert de Mohave, en Californie, il obtiendra au bout de trois heures un mètre de pluie. Cela ne s’était jamais produit Cela ne se produira jamais après Il mourra le 22 janvier 1958, en Californie Malgré un demi-siècle de vérifications

expérimentales constantes, 2 000 expériences réussies et aucune expérience ratée, la science refusera de croire à sa méthode. À côté d’un tel entêtement, Lavoisier refusant les météorites parce qu’il n’y a pas de pierres dans le ciel est un modèle de crédulité. Tous les animaux, semble-t-il, ont une telle affinité avec la nature et émigrent quand ils peuvent aux endroits où il pleuvra Un éminent météorologue me disait un jour que l’atmosphère se comportait comme un être vivant, avec sa propre psychologie Hatfield paraît avoir eu une affinité avec l’atmosphère et il était seul parmi les hommes à l’avoir Une mutation de l’humanité ? Un visiteur d’ailleurs ? Ce marchand de machines à coudre californien mériterait que la science se penche sur lui. Il est regrettable qu’elle ne l’ait pas fait pendant qu’il était encore temps Il serait aussi intéressant qu’on se penche un jour sur le cas de l’Australien Louis Rodgers, né on ne sait pas quand, mort à la guerre en 1942. Il avait émigré en Australie en 1931, et s’était installé comme médium. Il ne dérangeait personne, mais des bruits alarmants coururent à son sujet : on le voyait dans plusieurs endroits à la fois ! Et la distance entre ces endroits allait quelquefois jusqu’à un millier de kilomètres Finalement, le docteur Martin Spencer, directeur de l’institut de Recherches psychiques d’Australie, fit une enquête. La police de son côté en avait commencé une, craignant que Spencer n’ait mis en route une escroquerie d’un type nouveau Rodgers, très embarrassé et ne tenant pas du tout à ce qu’on parle de lui, tomba finalement d’accord pour ne pas quitter Melbourne pendant trois semaines sous surveillance de la police. Après quoi, il se manifesta à Sydney, où il prit une chambre d’hôtel Le détective privé chargé de sa surveillance téléphona à Spencer : «Rodgers est ici à Sydney.» « Cela m’étonnerait, dit Spencer, il est en train de déjeuner avec moi à Melbourne. » L’affolement fut général. Rodgers décida de se prêter à un test de plus, à condition qu’on le laisse tranquille Apparemment, tout ce qu’ü voulait de la vie, c’était vivre tranquillement dans son coin, en tirant les cartes et en gagnant à peu près de quoi vivre. Craignait-il d’attirer l’attention ? Et de qui ? Quoi qu’il en soit, le 12 avril 1937, on enferme Rodgers dans le bureau de Spencer Plusieurs témoins sont là. Ceci se passe à Melbourne. Rodgers dit à Spencer : « Donnez-moi un mot de passe : le premier mot qui vous passe par la tête. » Spencer dit : « Lilas. » Puis on attend. Le téléphone sonne. On a vu Rodgers à Sydney. On continue à le voir à Sydney, dans la rue. À cinq heures de l’après-midi, on passe à Spencer un appel de Sydney « Ici Rodgers, dit la voix par téléphone Le mot de passe est «Lilas». » Le reste est silence. On a tenu la promesse, on n’a pas poursuivi les investigations En 1942, Rodgers est mort au combat. Son secret est mort avec lui. Il avait peut-être un frère jumeau, mais on n’en trouve pas trace dans l’état civil. Il avait peut-être un double, mais les empreintes digitales retrouvées dans la chambre d’hôtel à Sydney sont bien les siennes On n’a jamais vu son double et lui en même temps. La légende et la Tradition disent que quiconque rencontre son double ou Doppelgänger meurt. Ce n’est cependant pas le cas de Goethe, qui rencontra son double vêtu comme lui et raconte l’événement dans Les Conversations avec Eckermann. Au XIXe siècle, une gouvernante française employée dans une famille russe des États de la Baltique, Emilie Saget, avait un double qui a été observé à de nombreuses reprises (Pour la petite histoire, c’est le sujet du beau roman d’Helen Mac Cloy, Le Miroir obscur, paru en France aux Editions Pierre Horay.) On a attribué le même phénomène de bilocation au mystique italien contemporain Padre Pio. Mais l’histoire de Padre Pio est obscure et controversée Indépendamment de Padre Pio, l’existence d’êtres ayant le pouvoir de bilocation paraît extrêmement probable. Ce pouvoir, ils le manifestent le moins possible, comme s’ils savaient que c’est de quelque façon défendu. Comme le dit Roger Bacon : « Bien que toutes les choses ne soient pas permises, toutes les choses sont possibles » Permises par qui ? On ne le sait pas En tout cas, non seulement les procès de sorciers mais l’hostilité générale de l’humanité pour quiconque est différent le font comprendre : il y a intérêt à ne pas manifester des qualités trop exceptionnelles. Il y a intérêt à se cacher On peut se demander d’une façon générale si les êtres exceptionnels que l’on détecte parfois parmi nous habitent cette Terre ou s’ils la considèrent simplement comme un lieu de passage. Toutes les traditions insistent sur l’aspect de la Terre comme un endroit qu’il faut traverser : « lieu de passage », « empire du milieu », et cent autres dénominations Imaginons un instant que l’univers étant bien plus complexe que nous ne le savons, il soit nécessaire, pour arriver d’un certain endroit de l’univers à un autre endroit, de traverser

la Terre Imaginons aussi que la plupart des êtres qui font ce voyage aient des facultés télépathiques Les recherches d’un psychanalyste autrichien, Urban, ont montré que tel est le cas pour des paranoïaques humains qui se croient persécutés, mais en fait perçoivent des façons télépathiques, des sentiments d’hostilité inconsciente, chez leurs parents ou leurs proches. Il est certain que si le grand public savait que la Terre est visitée, une aura de haine aveugle se manifesterait et peut-être les détruirait s’ils sont plus sensibles encore que les paranoïaques humains normaux. Par conséquent, leur existence doit être cachée Cette théorie, que je crois originale, expliquerait la nécessité du secret et montrerait pourquoi certains êtres sont obligés de se cacher. L’idée d’une « police du paranormal », comme dans les excellents romans de science-fiction de l’Américain H. Beam Piper, n’est peut-être pas à exclure Comme la plupart des idées originales dans le domaine du paranormal, elle est due à Charles Fort. Bien entendu, je ne cherche pas à imposer mon hypothèse au lecteur comme explication unique. Si on veut rester sur le plan rigoureusement scientifique, on peut admettre que parmi les mutations qui se produisent constamment dans l’espèce humaine, un certain nombre sont favorables Il pourrait même se produire dans un même cas la combinaison de deux ou trois mutations favorables, donnant des êtres exceptionnels Certains de ces êtres passent inaperçus et ne sont découverts que par hasard. Tout récemment, dans le Caucase, on a découvert que le secrétaire d’une communauté agricole, un homme de cinquante ans, avait une intelligence absolument exceptionnelle et qui n’était pas mesurable par les tests habituels. La découverte a été due entièrement au hasard. Un journal avait publié des tests d’intelligence et quelques-uns des paysans de la communauté ont dit à leur secrétaire et comptable : « Dis donc, toi qui es tellement intelligent, tu devrais bien faire ce test.» À titre de plaisanterie, il les a faits. On lui demanda d’urgence d’aller à l’université la plus proche pour en subir d’autres. On étudie encore les résultats. Cet homme est un calculateur prodige sans être pour cela un idiot savant, comme c’est souvent le cas. Il possède des dons indiscutables pour les hautes mathématiques, ce qui est rare pour un adulte Le plus souvent, l’originalité mathématique est éteinte à vingt-cinq ans. On dit avec une certaine malice qu’à partir de vingt-cinq ans un mathématicien n’a plus qu’à enseigner Il a des capacités tellement élevées qu’on se demande dans quelle direction on va le diriger après l’avoir recyclé. Et ce recyclage peut être très rapide : il suffirait que l’ex-comptable apprenne à se servir d’un ordinateur moderne et à puiser dans la mémoire de l’ordinateur tout ce qu’il n’a pas eu l’occasion d’apprendre jusqu’à présent Il serait resté toute sa vie comptable, sans réellement exercer son esprit, s’il n’avait pas essayé les tests. Il y a donc deux variétés au moins de ces êtres exceptionnels qui vivent parmi nous : ceux qui savent qui ils sont, et ceux qui ne le savent pas. La seconde variété, c’est le canard dans le conte d’Andersen qui ne savait pas qu’ü était un cygne. Évidemment, nous ne voyons parmi eux que ceux qui se font repérer Ils le regrettent d’ailleurs Einstein a déclaré dans ses derniers jours, après avoir fait la somme de toutes les humiliations et de toutes les injures dont on l’avait couvert : « Si c’était à refaire, je me ferais plombier, et je ne me ferais pas remarquer » Immédiatement après cette déclaration, le syndicat des plombiers des États-Unis lui a offert une clef anglaise en or et un diplôme l’autorisant à exercer le métier de plombier dans les quarante-neuf États Combien de voyageurs venus d’ailleurs se cachent-ils parmi nous comme plombiers ? Combien d’êtres exceptionnels nés sur cette planète comprennent-ils très vite qu’ils ont intérêt à ne pas manifester des dons rares ? Combien enfin y en a-t-il qui ne passent pas inaperçus, dont on parle même beaucoup, mais qui ne sont pas pris au sérieux par l’ensemble des milieux scientifiques ? Si j’arrive un jour à libérer deux ou trois mois de tranquillité, j’irai les passer à Salt Lake City, la capitale des Mormons Deux millions et demi de gens, pas plus fous que moi et peut-être moins, croient au Livre des Mormons et aux révélations de Joseph Smith leur prophète. Mais je ne connais pas d’étude scientifique impartiale sur le personnage ni sur le livre Or on y trouve presque à chaque page des récits des contacts avec des étrangers bienveillants, contacts qui se seraient produits dans le passé des Indiens d’Amérique Comme celui-ci (c’est un Peau-Rouge qui parle) : « Et comme mon père sortait de la tente le matin, à son grand étonnement il trouva par terre une boule de construction curieuse Le matériau de cette boule était du laiton Et à l’intérieur de la boule étaient des aiguilles, et l’une d’elles indiquait constamment la route que nous devions suivre dans le désert. » D’après le Livre des Mormons, cet incident se serait produit mille ans avant Christophe Colomb Joseph Smith lui-même donne des récits de rencontres avec des guides lui faisant des révélations. Il est extrêmement facile de le considérer simplement comme illuminé, mais cela paraît être la solution de facilité En 1970, les Nations Unies ont publié un rapport disant que les quatre cinquièmes

de la surface de la Terre ne faisaient pas l’objet des cartes utilisables. Il restait encore de vastes taches blanches. Si un jour on se décide à faire la carte de la population humaine, on trouvera aussi les quatre cinquièmes de surfaces inexplorées, des taches blanches et des terres inconnues que l’on trouve sur la surface de la Terre. La véritable anthropologie, une authentique étude de l’homme, est encore à faire